Préambule


Pourquoi et comment est née l'association « Prête-moi tes yeux au théâtre »

C’est à la suite d’une rencontre avec deux non-voyants et d’une dame voyante qu’il m’a semblé évident de créer avec eux l’association pour permettre aux personnes ayant un handicap visuel d’améliorer la qualité, la compréhension et l’insertion dans le milieu culturel.
Les personnes atteintes de cécité ne peuvent suivre un spectacle uniquement par les bruits et le texte dit par les comédiens. Après avoir vu une pièce de théâtre, j’avais remarqué qu’il y avait des silences très longs entre chaque réplique et même au milieu d’une tirade. J’ai perçu ces pauses qui ajoutent de la force au texte comme une émotion visuelle que le metteur en scène nous envoie tel un message. Pendant ces blancs où les acteurs expriment des sentiments par une attitude, un comportement gestuel ; que peuvent comprendre les non-voyants et les malvoyants durant ces moments-là ? Rien ! Bien sûr, ils font travailler leur imagination pour visualiser la situation selon leur propre sensibilité, mais ce n'est pas la réalité. Ils ressentent une frustration intellectuelle tellement leur curiosité est exacerbée. La solution pour qu'ils apprécient pleinement une pièce de théâtre est de leur dépeindre ce qui se passe. En l’occurrence, il s’agit du concept de l’audiodescription qui n’est pas une innovation ; la pratique que j’exerce est légèrement différente. En effet, les non-voyants portent un casque récepteur et dans la pièce de la régie via un micro-émetteur, je leur décris, en direct, le décor, les costumes, les pauses, les gestes, les allures et les expressions des comédiens. L’importance du direct est pour moi fondamentale car je m’adresse en temps réel aux personnes ce qui apporte un cachet plus chaleureux. A la fin du spectacle, je discute toujours avec les non-voyants pour recueillir leurs impressions afin d’améliorer ma prestation.

Pour concrétiser le projet, un matériel technique était indispensable en l’occurrence les casques et le microphone-émetteur. C’est grâce à un mécène privé (un pels octroyé par la Caisse d’Epargne d’Ile-de-France de Paris) que j’ai pu décrire en novembre 2002 ma première pièce « L’exception et la règle » de Bertolt Brecht au Théâtre Gérard Philipe, à Saint-Denis. En 2003, l’équipe du théâtre 13, à Paris dans le XIIIe arrondissement, sensibilisée par l’accessibilité au théâtre quel que soit le handicap, a accepté une alliance qui perdure à ce jour. J’ai collaboré avec la Compagnie Regard’en France séduite par la souplesse d’utilisation du matériel qui permet de se déplacer dans tous les théâtres quelle que soit leur situation géographique. Un metteur en scène (Jérémie Le Louët de la compagnie « Les Dramaticules ») m’a associée à son projet théâtral « Un Pinocchio de moins ».

Au fil des ans, par le vouloir de certains directeurs de théâtre et des associations, l’audiodescription a maintenant sa place, pas seulement dans la capitale mais dans la France entière et c’est une avancée d’une égalité pour tous.

Chantal Liomain
Présidente de l’association